De Royan à Nantes en VELI par la côte Atlantique et les îles (1/3)

Episode 1 : (Millevaches), Royan, Oléron, Rochefort

En ce mois de mai, je pars en voyage à VELI sur la côte Atlantique pour faire découvrir et tester l’Acticycle aux acteurs du vélo de la région. Voir le post d’annonce de ce périple.

Lundi 18 mai. Escale dans les Millevaches

Entre Lyon et Royan, la route de près de 600 km traverse le massif central ; avec mon long utilitaire, je fais escale pour la soirée à Meymac, chez Martin et Fantine. Je les ai rencontré lors d’évènements sur les transports il y a deux ou trois ans. Nous entretenons, depuis, de riches échanges sur le sujet des mobilités en milieu rural (Martin Cusson est chargé de mission mobilité au PNR des Millevaches, et Fantine Bruneau était en charge du même sujet à la communauté de communes jusqu’à récemment – des passionnés, vous dis-je !). C’est aussi l’occasion de rencontrer Milène et ses deux filles, et de leur faire tester l’Acticycle. Nous parcourons trois ou quatre kilomètres autour du village, ce qui suffit pour être plongé dans les froides forêts de sapins – n’ayant prévu aucun vêtement chaud, je suis frigorifié. Outre son climat, le plateau est connu pour ses engagements écologiques et pour le nombre impressionnant d’alternatives qu’il héberge. Mes trois testeuses du jour sont convaincues par le véhicule. Ce vélo-voiture viendra-t-il bientôt se ranger aux côtés de leur maison ancienne joliment rénovée, du compost et du grand potager familial ? C’est bien possible…

  • Millevaches-1

Mardi 19 mai. Départ de Royan.

C’est à Saintes qu’a vraiment début mon parcours, là où j’ai déposé mon utilitaire de location. Grâce à l’itinéraire concocté par Géovélo, j’emprunte de jolies petites routes au milieu des champs de céréales et des vignes. J’essuie ma première pluie au bout de quelques kilomètres, tout à l’abri sous mon toit, avant d’atteindre Royan sous un soleil radieux. L’Atlantique s’offre à moi. Le périple peut commencer pour de vrai.

Royan. Une ville reconstruite de toutes pièces après les bombardements de janvier 1945 – 500 morts, un carnage inutile à deux mois de la capitulation allemande – avec ses courbes modernistes et son église Notre-Dame qui tranche sur le ciel comme une prière de béton. Une ville neuve, donc, ironiquement devenue la capitale des vieux : les plus de 60 ans représentent 56% de la population, les moins de 30 ans 17,5 %. La France vieillit vite, mais Royan encore plus. Ce qui repositionne, d’ailleurs, les besoins de mobilité : avec mon vélo bien adapté aux séniors, je suis assailli de questions à chaque arrêt. C’est quoi ce truc ? Quatre roues, un siège confortable, un pare-brise, un guidon – l’objet ne rentre dans aucune case connue. J’explique. L’Acticycle, c’est l’idée qu’on peut déplacer deux personnes et leurs affaires avec une poignée de watts. La sobriété en actes. Une brique modeste mais sérieuse de notre mobilité de demain. Hochement de tête.

J’ai rejoint à Royan la Vélodyssée, cet itinéraire cyclable bien connu qui relie Roscoff à Hendaye, la Norvège au Portugal, que je vais plus ou moins suivre pendant tout mon parcours. Vélos, motos et même voitures me témoignent leur sympathie, ici par un pouce levé, là par un sourire. J’atteins rapidement Saint-Palais-sur-Mer. Je stationne sur le large trottoir et m’installe à une terrasse ; j’observe la réaction des passants qui, tous ou presque, s’arrêtent pour observer « l’OVNI » sous toutes ses coutures. J’écoute sans me faire remarquer leurs remarques, les observations, leurs rires, leurs moqueries, parfois.

La Palmyre. Dans la forêt, je m’engage sur les pistes cyclables. Les odeurs de pin envahissent l’habitacle. Par ici, espérer voir la mer en longeant la côte est une illusion. Elle est là, juste derrière les dunes, mais on ne la voit presque jamais. On la devine, on la sent, on l’entend parfois. C’est tout. Un vent léger et agréable s’engouffre. Je vais vers l’été.

Avec mes 92 centimètres de large, je dois parfois me décaler lorsque la piste se rétrécit. Les plots d’entrée de piste, écartés d’un mètre en général, constituent le seul vrai moment d’attention : ça passe, de justesse, mais ça passe. En zone urbaine plus fréquentée, je glisse sur la voirie et je me coule dans le flux des voitures. C’est là que je mesure vraiment la nature hybride de mon vélo augmenté : en ville, je me conduis comme une voiture ; hors agglomération, je redeviens vélo. Un pied dans chaque monde, sans appartenir vraiment à aucun des deux. Un véhicule intermédiaire, en somme.

Oléron. Pont ou viaduc ? Il y a quelques semaines, à Millau, j’avais eu la bien mauvaise idée d’appeler pont le viaduc qui fait la fierté de la ville. La différence, m’avait-on fait savoir, c’est qu’un viaduc enjambe un espace entier ; alors qu’un pont, un pauvre pont, c’est pour ne franchir qu’un seul obstacle. Ici, en Charente-Maritime, on abuse des deux termes. Le « pont-viaduc » d’Oléron, cette ligne fine qui file sur l’eau sur presque trois kilomètres, se voit de loin. La traversée est douce malgré le vent. L’espace réservé aux vélos est largement suffisant, même pour mon VELI, à l’inverse du pont sur la Seudre passé quelques kilomètres avant (une bande d’un peu moins d’un mètre nécessitant de redoubler d’attention).

Une fois débarqué, je traverse le Château-d’Oléron, jolie petite ville fortifiée de remparts Vauban. Il est tard et j’ai oublié de réserver le camping du soir ; à huit heures, tous sont déjà fermés, alors je me rabats sur un hôtel propret de la Côtinière, sur le littoral sud de l’île. Les 110 kilomètres du jour, réalisés avec une batterie et demi (chacune faisant 1250 W, j’estime donc ma consommation à 1800W, soit 17W/km ou 1,7 KW/100 km) m’ont ouvert l’appétit. Je trouve un restaurant qui m’accepte malgré l’heure déjà tardive ; je gare ma monture sur le trottoir, m’installe à proximité. Mais il est bien difficile d’éviter les questions, qui viennent cette fois autant des passants que du personnel du restaurant. La scène se répète et m’amuse, même si la répétition est un art qui fatigue aussi, tout particulièrement au milieu d’un dîner.

Au menu du soir : un filet de lotte admirablement cuisiné accompagné d’un bon sauvignon d’Oléron – le cépage semble bien s’épanouir ici. A la fin de son service, le cuisinier s’installe à ma table et nous discutons du vélo : il prévoit de lancer une activité de livraison de repas à domicile, et il verrait très bien cet engin se faufiler entre les villages avec les repas préparés par les restaurateurs locaux. C’est exactement pour ces échanges que je suis parti : comprendre les besoins, découvrir et décrypter les usages possibles des véhicules intermédiaires avec ceux qui pourraient les utiliser au quotidien. Sur une île sur-fréquentée l’été, saturée par la voiture, les VELI sont une voie d’avenir, et tout le monde semble en convenir.

Mercredi 20 mai.

Oléron, suite. Je parcours les routes de l’île dans la matinée, traversant des villages encore bien calmes en ce début de saison. Je m’arrête dans la plupart des campings qui jalonnent ma route, j’interpelle les salariés au volant de leur voiturette de golf, qui, amusés, me demande parfois d’essayer le vélo. Je discute avec les loueurs de vélos déjà ouverts. J’observe leurs offres, leurs stratégies, je pose des questions. Je me pose des questions, aussi : est-ce qu’un « vélo » comme celui-ci peut trouver sa place ici, dans cette économie du cycle de location très rodée, très calibrée ?

Au moment de repasser le pont, j’ai rendez-vous avec Éric. Éric est bénévole à l’Amicale des Cyclistes Cardiaques – 350 membres répartis dans toute la France – et anime une page LinkedIn suivie par 15 000 abonnés consacrée à l’actualité vélo. Il pose les mains sur le guidon, parcourt un bout du parking. Il est séduit d’emblée. Sur son petit carnet, il prend un tas de notes. Il me promet un article dans la gazette de l’amicale et un post sur sa page.

D’Oléron à La Rochelle. Je reprends la route à une heure déjà bien avancée de l’après-midi, et alors qu’il me reste au moins 70km pour rejoindre la préfecture de Charente-Maritime. Lors d’un arrêt après Marennes, devant un magasin de vélos, je rencontre une habitante et son père de 95 ans. Ils sont impressionnés par le véhicule, veulent absolument le tester, alors j’emmène l’habitante à bord de l’Acticycle. A son retour, elle ne tarit pas d’éloges devant le gérant du magasin. Au départ seulement amusé et curieux, ce dernier mesure finalement le potentiel de l’engin pour sa clientèle.

Rochefort. La ville créée en 1666 par Colbert pour y établir un arsenal militaire (qui a plié bagages il y a très exactement un siècle), se signale par son grand pont viaduc sur la Charente, le dernier avant la mer. D’en haut, une vue imprenable s’offre sur le dernier pont transbordeur encore en service en France. Rénové récemment, l’ouvrage attire les curieux qui viennent de loin pour traverser en 4 minutes sur une nacelle suspendue par des câbles sur le fleuve. Avis aux passionnés de ponts…

Avec sa jolie place centrale, sa lumière tranquille de fin de journée, Rochefort m’invite à faire une pause, mais La Rochelle m’attend… Et puis je ne ressens pas les 80 km réalisés depuis ce matin malgré l’assistance réglée depuis le départ sur mode « éco ». Il faut dire qu’ici, c’est plutôt très plat : sur les 120 km de l’étape du jour, je ne dépasserai pas la centaine de mètres de dénivelé ! Résultat, ma conso électrique est encore plus faible que la veille : la première batterie n’a rendu l’âme qu’après 95km, soit environ 13W/km !

De Rochefort à La Rochelle. Quelques kilomètres après Rochefort, sur la longue route monotone qui longe la voie rapide, un cycliste me rattrape et engage la conversation. Thomas parcourt 50 kilomètres par jour en VAE pour aller travailler, ce qui force le respect. Il connaît tout du monde du vélo, et notamment des vélos hors-norme : il a roulé des années sur un vélo couché caréné avant d’y renoncer. Trop chaud l’été, trop inconfortable sur les bosses, trop difficile à manœuvrer. Nous échangeons nos montures pour quelques kilomètres, et il est rapidement conquis par l’Acticycle. Il dit, avec une franchise que j’apprécie, que sans la barrière du prix (il a acheté son VAE 300 € d’occasion), ce serait exactement ce qu’il lui faudrait.

Sur notre route, nous nous arrêtons à un passage à niveau, laissons passer un TER. Je m’étonne que la traversée soit gardée par trois agents SNCF. La barrière est en panne, ils la relèvent à la main. Thomas m’explique qu’encore récemment le passage était fermé plusieurs semaines, et les cyclistes n’avaient plus aucun point de franchissement dans le secteur. En attendant la réparation, retour aux gardes-barrières. L’état du réseau ferroviaire français, résumé en une image : deux agents en gilet orange qui soulèvent une barrière sous un ciel de mai.

Demain, cap vers l’île de Ré.

La suite du récit est ici : Episode 2 : La Rochelle et l’île de Ré

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