De Royan à Nantes en VELI par la côte Atlantique et les îles (3/3)

Épisode 3 : La Vendée, Noirmoutier, Pornic et… Nantes !


Récit des derniers jours de cette aventure océanique. Je traverse la Vendée et un bout de la Loire-Atlantique, tout en parcourant jusqu’au bout l’île de Noirmoutier.

Dimanche 24 mai

Longeville-sur-mer. Au terme d’une longue étape (95km, du vent, de la chaleur…), j’atteins Longeville-sur-mer. Dans un bar de surfeurs qu’il connait bien, Maxence a organisé avec les propriétaires du bar un petit évènement autour des VELI. L’atmosphère de ce dimanche soir ressemble bien plus au mois d’août qu’à la mi-mai. Les familles rentrent de la plage, le soleil et le sable brûlent encore les peaux. Un tas d’amis et de connaissances de Maxence viennent découvrir, une bière à la main, la drôle de machine exposée là devant le bar. Mes testeurs et testeuses du soir n’ont rien à voir avec les dizaines de professionnels du vélo dont j’ai croisé la route jusqu’ici : ce sont des habitants des zones rurales de Vendée qui cherchent une alternative sérieuse à la voiture. Des citoyens et des militants engagés des zones rurales qui refusent d’être assignés à la voiture.

Maxence est venu avec son véhicule, un vhelio qu’il a construit lui-même. Trois roues, 1000 watts, 35 km/h, et beaucoup d’espace. L’allure artisanale est assumée, et c’est précisément ce qui en fait un bel objet. Maxence est bijoutier itinérant. Il parcourt la Vendée et l’île de Ré l’été avec son drôle de vélo pour exposer sur les marchés.

Maxence m’invite ensuite à camper sur son immense terrain au Givre, petit village à 20 kilomètres de l’océan. Au milieu des frênes centenaires (une richesse inestimable dans le deuxième département le moins boisé de France !), il a construit une tiny house alimentée comme son VELI par des panneaux solaires. On a là une certaine idée du futur, une illustration sans équivalent de la sobriété.


Lundi 25 et mardi 26 mai

Les Sables-d’Olonne. La ville m’accueille avec ses terrasses bien garnies de touristes de la Pentecôte. Je découvre le rata de sèches, un ragoût dans lequel les sèches cuisent plusieurs heures avec légumes et épices – c’est absolument succulent.

Le lendemain, je reprends mes arrêts de présentation suivant un planning assez millimétré auprès de collectivités ou d’acteurs du vélo. Parfois, le hasard provoque d’originales chaînes de recommandations : à Saint-Gilles Croix de Vie, Cindy, qui utilise au quotidien un triporteur pour son activité de conciergerie, m’envoie chez son technicien vélo, Vincent, qui m’envoie à son tour chez David, cycliste passionné vivant sans voiture depuis de nombreuses années. Il y a entre passionnés de vélo une énergie communicative et une vraie générosité.

Entre les Sables d’Olonne et Noirmoutier, la vélodyssée emprunte de magnifiques sentiers de bords de mer sur lesquels, à l’exception d’une ou deux portions, je n’ai pas de mal à me faufiler avec mon gros vélo. Les paysages sont sans doute parmi les plus beaux de l’itinéraire.


Mercredi 27 mai

Noirmoutier. Après Oléron et l’île de Ré, c’est mon troisième « pont-viaduc » en dix jours – et donc aussi ma troisième île. A marée basse, une large plage se découvre sous la lumière très blanche de cette chaude journée (Météo France a placé le département en vigilance orange canicule, une première historique pour un mois de mai). A peine arrivé, dans le soir naissant, je nage une heure dans une eau à 24 degrés (!) avant de trouver un emplacement ombragé dans un immense camping cinq étoiles.

En ce milieu de semaine, l’île est relativement calme et l’ambiance m’apparait nettement plus détendue (mais aussi plus simple, éminemment moins bourgeoise) qu’à l’île de Ré. Cela me permet d’avoir les échanges les plus longs et les plus authentiques du parcours avec les acteurs du vélo. Parmi les différents magasins, je découvre notamment les Cycles Charier, une véritable institution sur l’île : le couple qui tient la boutique est là depuis plus de cinquante ans ! Leur fils est en train de reprendre la boutique qui ne manque pas de charme. Pour la première fois, un longtail est d’ailleurs venu agrandir la flotte disponible en location pour l’été à venir. Un peu plus loin, dans un autre village, je discute longuement avec un autre loueur qui vient d’ajouter des peugeot 103 électriques à sa flotte. Ici et là, le monde du vélo évolue et les offres aussi. Même si les infrastructures cyclables noirmoutrines ne sont pas les meilleures de la région (nettement en dessous de l’île de Ré), je ne doute pas que les vélos comme l’acticycle auront un avenir ici aussi.

Tout au nord de l’île, sur un joli petit chemin qui longe la mer, je croise un couple roulant en vélo couché couvert, sur une monture faite maison qui partage la même philosophie que l’acticycle. Je me sens tout de suite un peu moins seul.

En toute fin de journée, je dois rejoindre Pornic où je passerai ma dernière nuit de cette intense aventure. Pour quitter l’île, le passage du Gois était tentant – ce chemin submersible pavé de sel et d’histoire, accessible seulement une heure trente avant et après la marée basse. Mais ce jour-là, l’ouverture n’est prévue qu’à 19h et de toute façon le revêtement et la présence de sel et d’algues m’encourage à contourner le passage. Je refais donc le tour par le sud.

Le pont de Noirmoutier

Jeudi 28 mai

Pornic et Nantes. C’est toute l’agglomération qui semble être sortie des bureaux pour m’accueillir ce jeudi midi. Au « WIP » (Work in Pornic, quartier flambant neuf de bureaux) la communauté d’agglo m’accueille à l’heure du déjeuner. C’est sans doute le créneau sur lequel le plus de personnes testent le véhicule sur tout le parcours — j’en estime le nombre à une quarantaine en deux heures ! Les collectivités ouvrent leurs portes, et plus encore : elles communiquent sur leur territoire, font venir leurs partenaires publics et privés pour leur faire découvrir le véhicule. C’est à chaque fois une petite démonstration et un moyen d’enclencher des réflexions sur ce que pourrait être une politique publique favorable aux véhicules intermédiaire. Même si cette politique reste encore à bâtir, brique par brique…

De Pornic à Nantes, je termine mon parcours avec une cinquantaine de kilomètres bien tranquilles, ponctués par la traversée de la Loire sur le bac du Pellerin. Je rejoins Nantes par la rive nord en longeant le fleuve sur une infrastructure cyclable toute neuve, tellement large qu’on pourrait circuler à trois acticycles au moins.

Le même accueil qu’à Pornic m’attend à Nantes le soir, organisé par une association, l’îlot Familles avec la participations d’élus, d’habitants, de membres associatifs…


Bilan.

750 kilomètres (l’itinéraire seul, sans les détours et les erreurs, en donnait 600) en 9 jours, avec une moyenne de 18 à 20km/h (ça fait un paquet d’heure au guidon, oui !). Aucun problème mécanique, pas même une crevaison. À l’exception d’une poignée de réglage du siège à refixer (merci les amis d’Avatar pour la soudure !), la fiabilité a été totale – ce qui, pour un véhicule dont la conception est si récente (à peine une dizaine de vélos construit, prototypes inclus !) est assez impressionnant.

Je retire de cette aventure à quatre roues de très nombreux enseignements sur le potentiel de ce qui est encore vu comme une mobilité du futur. L’engouement est réel, massif, sincère, mais il faut désormais identifier les premiers utilisateurs, ceux qui peuvent se projeter à court ou moyen terme dans un usage quotidien du VELI.

Les VELI actifs à 25 km/h pourraient trouver leur place dans un contexte touristique, visant la découverte, tant il est confortable et agréable de parcourir les routes et voies vertes avec ce vélo augmenté. A n’en pas douter, ceux homologués pour atteindre 45 km/h auront en revanche un très grand intérêt pour les particuliers vivant en zone péri-urbaine ou rurale, car les VELI maximisent les avantages (emport, protection, vitesse, confort) tout en minimisant le poids et les coûts d’usage. A cette vitesse, le véhicule intermédiaire devient un vrai substitut à la voiture sur des trajets courts et moyens, là où le vélo est déjà hors jeu. Partir à la rencontre de ces futurs utilisateurs, à cette vitesse presque deux fois supérieure : une prochaine aventure ?

Réponse

  1. Avatar de Frederic FOURNET

    Bravo pour cette aventure initiatique qui donne envie de partir rencontrer toutes ces personnes et qui, surtout, valide un moyen de déplacement bas carbone et sécurisé.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur oliviermaffre.fr

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture