De la France au Sénégal en transports publics – Parcours et bilan
Aller au Sénégal sans avion, en transports publics, c’est possible ? Mais on passe par où ? Et combien ça coûte ? Ce sont les principales questions pratiques qu’on m’a posé suite à ce voyage entrepris en février dernier. Voici donc le parcours et quelques conseils pour réaliser ce voyage itinérant. N’hésitez pas à poser vos questions ou à partager vos retours en commentaires si vous avez parcouru cette route !
ÉTAPE 1 – De la France au Maroc
Pour rejoindre Tanger, deux solutions sont possibles :
- La voie maritime, depuis Sète (avec la compagnie GNV, 1 à 2 départs par semaine) ou Marseille (avec la Méridionale). Comptez 2 jours de voyage (45 heures) pour un prix aller de 130 à 300 € selon l’installation à bord et les choix de repas (voyager à plusieurs permet de partager le prix de la cabine à bord). C’est long mais les bateaux sont confortables et comme le réseau est payant à bord, c’est l’occasion parfaite pour déconnecter et entamer les longues lectures qu’on reporte depuis longtemps. Sur le bateau le temps file à une autre vitesse (à 30 kilomètres-heures, très exactement). A Tanger Med, il est facile de partager un taxi pour rejoindre le centre-ville situé à 45min/1h de route (60 DH/5€ par personne).
- La voie ferroviaire, en TGV à travers l’Espagne, puis en traversant le détroit de Gibraltar en ferry. C’est le plus rapide et, selon la saison et l’anticipation des réservations, le moins cher. C’est également faisable en bus, il existe beaucoup d’offres et les prix peuvent être bien moins élevés ; mais c’est aussi beaucoup plus long.
- Jusqu’à Madrid : Depuis Marseille, Avignon, Montpellier, Narbonne, il existe un train RENFE quotidien direct vers Madrid. Cela prend 8h depuis Marseille, 5h30 depuis Narbonne. Départ à 8h de Marseille, 10h30 à Narbonne, arrivée à 16h à Madrid. Depuis Paris ou Lyon, le plus simple est de prendre le premier train pour ‘un des TGV pour Barcelone, puis de récupérer un autre train pour Madrid ou directement pour Séville ou Malaga (l’Espagne a elle aussi quelques « intersecteurs »). Prix très variable : le trajet Avignon – Madrid m’a coûté 89€, mais cela peut grimper bien plus haut. Il peut être très intéressant de couper le trajet à Barcelone et de profiter des compagnies concurrentes à la RENFE sur la partie Barcelone – Madrid.
- Madrid – Andalousie : de Madrid ou Barcelone, plusieurs départs possibles pour Séville ou Malaga (2h30 à 3h de trajet depuis Madrid) le même jour y compris si l’on arrive de Paris ou Lyon à condition de passer toute la journée et une partie de la soirée dans le train (en partant à 7h42 de Paris, on arrive à Séville à 21h12, mais la durée des correspondances n’autorise pas le moindre retard). Beaucoup d’offres sur ces lignes, on trouve des billets dès 20 € (le mien, réservé en dernière minute, m’a coûté 33 €).
- Andalousie – Tanger : de Malaga, il est possible de rejoindre Algesiras en train mais il y a très peu de fréquences (1 direct l’après-midi, 2h15 de trajet). En revanche il existe de nombreux bus (2h à 3h de trajet, 20€). Ensuite, plusieurs compagnies de ferry assurent la traversée vers Tanger Med en 2h (32€). Le bateau rapide qui relie Tarifa à Tanger-centre en une heure est une bonne alterantive pour arriver en plein centre de Tanger et ainsi éviter le port de Tanger med avec ses navettes en bus, ses files d’attentes interminables et sa route sinueuse jusqu’au centre. Pour rejoindre Tarifa, il y a des bus directs depuis Malaga (départs à 7h30 et 13h15 avec Avanza, 3 à 4h de trajet, 20€), Seville (départs à 9h30, 13h30, 17h30 avec Comes, 3h de trajet, 25€). De Séville, on peut également rejoindre Cadiz en train (une quinzaine de trains par jour, 1h45 de trajet, 17€) puis Tarifa en bus (1h30 à 2h avec COMES, 7 bus par jour, 15€), ce qui permet une visite de la charmante citée espagnole.
Durée de l’étape 1 : 2 à 3 jours. Selon la solution retenue, et sans trop se presser, il est raisonnable d’espérer atteindre Tanger dans la journée ou dans la soirée du deuxième jour du voyage, après une nuit à Madrid, Séville ou Malaga. En arrivant directement en bateau depuis la France, on misera plutôt sur une arrivée le troisième jour du voyage. Le récit de ma traversée de l’Espagne est ici.
Coût de l’étape 1 : 200 à 400€, dépendant de la ville de départ, des dates et du confort recherché sur les étapes (repas, hôtels…). Le récit de ma traversée de l’Espagne est ici.
ÉTAPE 2 – Du Maroc à la Mauritanie
Traverser le Maroc en train et en bus est facile, confortable et peu coûteux. Un outil vous sera particulièrement utile : l’application ONCF Voyages (comme son nom l’indique, équivalent de la SNCF au Maroc) bien fichue et fiable. La compagnie intègre tous les bus de la principale compagnie du pays, Supratours.
- De Tanger à Marrakech :
- Jusqu’à Casablanca, le trajet se fait en 2h17 avec le train Al Boraq, le TGV marocain. Départs toutes les heures piles de 6h00 à 21h00, 25€ en seconde classe.
- De Casablanca à Marrakech : c’est la dernière partie ferroviaire du trajet. En attendant le TGV, en construction, un intercité assure le trajet en 3 heures pour 160 DH (15€).
- Il est aussi possible de prendre le train de nuit Tanger – Marrakech qui part chaque soir à 23h45 et qui arrive le lendemain à 9h22 (entre 216 et 300 DH selon le confort)
- De Marrakech à Dakhla :
- Le bus Supratours tout confort parcourt cette longue route vers le sud en 24 heures pour 550 DH. Les départs se font à 5h00, 15h00 ou 21h30.
- Il est bien sur recommandé de couper ces 1400 km de route en plusieurs étapes. Selon envies et préférences, arrêts possibles à Agadir, Tiznit, Tan Tan, Tarfaya, Laayoune. A part Tan Tan, je connais toutes ces villes et ma recommandation irait à Tarfaya pour l’atmosphère de cette petite ville en bord de mer. Peut-être aussi parce que « Cap Juby » était une étape importante de l’aéropostale (lire l’épisode sur le Maroc ici)
- En complément des bus Supratours, on peut utiliser CTM, une autre compagnie fiable (bus récents, et généralement à l’heure). D’autres compagnies existent et sont un peu moins chères mais aussi moins recommandables (bus plus fatigués, parfois bondés…).
- Les bus partent devant l’agence qui vend les tickets. Attention aux départs en dehors des horaires d’ouverture, la nuit : mon expérience à Tiznit (le bus n’est pas passé) m’amène à conseiller de partir pendant les horaires où l’agence est ouverte, ou à bien se faire confirmer le départ par l’agence avant toute réservation.
- De Dakhla à la la frontière mauritanienne :
- L’étape à Dakhla (une ville étonnante, sans attrait touristique particulier mais qui vaut bien une étape, lire l’épisode sur le Sahara Occidental ici) est incontournable au moins pour une nuit afin de prendre le seul bus quotidien vers la Mauritanie. On dort bien et pas trop cher au Fyndy Hotel (25€ la double) tenu par des gens très sympathiques. Dans la ville il peut parfois être difficile de trouver un taxi mais l’hôtel connait des chauffeurs.
- Le bus CTM/Supratours part chaque jour à 8h depuis l’agence Supratours de Dakhla située Avenue Abderrahim Bouaabid (accessible à pied depuis le Fyndy Hotel). Il est opéré en partenariat avec CTM et dessert donc les agences CTM de la ville ensuite. Il n’est pas possible de réserver sur l’application, il faut se présenter en agence avec son passeport. Le billet jusqu’à Nouadhibou coûte 300 DH (28€). Il est possible également de rejoindre directement Nouakchott.
- Le bus dépose ses passagers à la frontière : on trouve sur place de quoi se restaurer, puis il faut passer les contrôles pour sortir du Maroc.
Durée de l’étape 2 : 3 à 5 jours. Traverser le Maroc en train et bus ne prend « que » 35h. Le nombre de jours dépendra donc des étapes, des trajets réalisés seulement le jour ou partie la nuit…
Coût de l’étape 2 : 250 à 350€. Il faut compter environ 150€ pour les transports ; pour les hôtels, autour de 25-30€ la nuit, un peu plus dans les grandes villes. Au Maroc on petit déjeune partout de façon copieuse pour 2 à 3€, et on déjeuner ou dine pour 5 à 7 € des tagines simples mais souvent excellents.
ÉTAPE 3 – De la Mauritanie au Sénégal
A partir de la frontière, le voyage se complique un peu. Les routes sont plus petites, les bus aussi ; l’information est moins évidente, les trajets moins certains. Malgré tout, traverser la Mauritanie ne s’avère pas si difficile.
- De la frontière mauritanienne à Nouadhibou :
- Le billet de bus pris à Dakhla assure la correspondance avec un minibus de la compagnie El Moussavir qui attend ses passagers juste à la sortie des contrôles marocains. C’est important car il existe un no man’s land de quelques kilomètres entre les deux frontières qu’on ne peut pas franchir à pied. Cette correspondance est donc bien pratique.
- Après le champ de dunes, le minibus attend ses passagers pendant qu’ils réalisent leurs contrôles et visas. Il faut s’armer de patience car c’est long, une à deux heures, parfois plus. Attention : le visa mauritanien se fait en ligne, à l’avance, ici. Puis on paye sur place 55€ en espèces (et uniquement en euros, il faut penser à venir avec, donc).
- Enfin le minibus vous dépose à Nouadhibou en fin d’après-midi, devant les locaux de l’agence (celui qui part directement pour Nouakchott arrive tard dans la soirée dans la capitale).
- Pour le voyageur qui débarque du nord, Nouadhibou est un enfer de sable et de pollution. Si l’on ne craint pas les très fortes odeurs de poisson, la visite du port est intéressante.
- De Nouadhibou à Nouakchott :
- Plusieurs compagnies de minibus assurent le trajet, qui prend 6 à 7h et coûte 700 MRU (15 €).
- Départs toutes les heures ou toutes les deux heures directement depuis les locaux des agences. « First class » et « Royal class » sont situés à proximité l’une de l’autre, près de l’aéroport (sur l’avenue principale, là où elle fait un coude, près du restaurant « le pêcheur ») et opèrent avec des véhicules en bon état.
- On peut réserver à l’avance dans les agences, ou miser sur la chance de trouver une dispo le jour même (dépend des périodes de l’année).
- La route n’est pas en très bon état et est parfois ensablée. Résultat : le minibus freine, accélère, freine… pendant près de 7 heures.
- A Nouakchott, on peut faire étape à l’Auberge Triskell, bon marché, bien placée, bien tenue.
- De Nouakchott à la frontière sénégalaise :
- Même logique : il faut dégoter un minibus dans l’une des agences proposant ce trajet. Plusieurs agences sont installées au sud de la ville près du « Carrefour Nancy ».
- Jusqu’à Rosso, le trajet coût 300 MRU (7€) et prend 2 à 3h.
- Pour passer au Sénégal, il recommandé d’éviter Rosso et de passer par la frontière de Diama : pas besoin de prendre un bac, on traverse le fleuve Sénégal sur le barrage ; et surtout les douaniers sont réputés être moins pénibles et moins corrompus. Diama est accessible par une piste en bon état en saison sèche (à éviter lors des pluies). Mais lorsqu’on voyage en transports publics, il semble moins évident de trouver un moyen de rejoindre Diama depuis Nouakchott. Peut être dans un enchaînement minibus+taxis… ?
- Pour simplifier les choses, et parce que nous n’avions pas peur de la douane, nous sommes passés par Rosso. De l’arrêt de minibus, on peut rejoindre la frontière à pied. Il faut attendre ensuite que les policiers mauritaniens soient d’humeur à tamponner votre passeport, puis prendre une pirogue ou le bac (horaires irréguliers) pour traverser le fleuve. Outre la longue attente, aucun problème à signaler avec les douaniers, mais les rabatteurs (qui vendent carte sim, changent les devises, veulent vous conduire ici ou là…) sont très insistants voire carrément agressifs.
Durée de l’étape 3 : 2 à 3 jours. Traverser la Mauritanie en minibus ne prend que 10/12h.
Coût de l’étape 3 : 120 à 180€. Il faut compter environ 30€ pour les transports et 55€ pour le visa, entre 20 et 30 € pour les petits hôtels. On trouve de quoi manger correctement pour cent cinquante ou deux cents ouguiyas (5 euros) mais la gastronomie s’avère moins variée qu’au Maroc.
ÉTAPE 4 – La traversée du Sénégal
Au Sénégal, le transport inter-urbain se fait essentiellement en « taxis 7 places », des peugeot 504/505 aménagées pour accueillir 7 voyageurs et parfois bien fatiguées ; des minibus prennent le relais, plus confortables, et se prennent au même endroit ; enfin, quelques bus interurbains voient désormais le jour mais il faut réserver l’avance (cela se passe sur l’application Dakar DemDikk, mais il faut un numéro de tél sénégalais pour créer un compte).
- De Rosso à Saint-Louis : la gare routière de Rosso est à l’écart du centre ville, il faut prendre une moto taxi pour s’y rendre. Les « 7 places » partent lorsqu’ils sont pleins, pour 2500 FCFA (4€). Il est possible d’accélérer le départ en payant pour les places vides. Le trajet prend tout au plus 2 heures.
- De Saint-Louis à Dakar : il existe un départ chaque jour à 7h par un autocar de Dakar DemDikk, à réserver sur l’application. Sinon, départ en 7 places depuis la gare routière pour 5500 FCFA (8,5€). En attendant l’autoroute, le trajet prend 4 à 5 heures.
- De Dakar à Ziguinchor : l’idéal est d’emprunter le ferry, mais il est très vite plein et il est recommandé de le réserver à l’avance. En l’absence de système de réservation en ligne, il faut s’accorder avec une personne sur place. Vous pouvez contacter Doudou Tamba, de l’agence Casamance Tourisme : <tambadoudou@yahoo.fr>. Il a réservé les billets pour moi et sa commission n’était que de quelques euros. Le prix du trajet dépend du niveau de confort (de 15 900 FCFA pour les fauteuils à 30 900 FCFA pour la cabine partagée à deux lits). Seul le Aline Sitoe Diatta (départs de Dakar le mardi et le vendredi) propose des cabines ; les deux autres ferrys (Diambogne et Aguene, départs le jeudi et le dimanche) ne proposent que des fauteuils.
Durée de l’étape 4 : 2 à 3 jours. Rejoindre Dakar depuis la frontière mauritanienne demande 6 à 7 heures. Ensuite, une nuit et une matinée de ferry pour rejoindre Ziguinchor, ou une dizaine d’heures de bus via la Gambie. Le récit sur le Sénégal est ici.
Coût de l’étape 4: 100 à 200€. Environ 50 euros pour les transports. Pour le reste, tout dépend des escales choisies et du niveau de confort attendu.
Bilan du parcours
Durée totale : si l’on accepte de voyager la nuit et qu’on limite les arrêts, il est techniquement possible d’atteindre Dakar en 7 à 8 jours de voyage depuis la France, et le sud du Sénégal en 9 à 10 jours. Pour qui veut faire du chemin un voyage à part entière et visiter les villes à portée de route, un minimum de 14 jours semble nécessaire (en prenant mon temps, j’ai mis 17 jours jusqu’en Casamance).
Coût total : selon que l’on voyage en train, en bus ou en bateau en Espagne, que l’on passe ses nuits sur la route ou dans des hôtels confortables au Maroc et en Mauritanie, le coût de ce voyage varie fortement. Il faut compter au minimum 600-700 euros pour une dizaine de jours de voyage, plutôt autour de 1000 € si l’on dépasse les deux semaines et si l’on veut un peu plus de confort. Ce qui reste très abordable comparée à nos contrées européennes !


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